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Une histoire souvent féconde en drames, toujours riche de leçons et ainsi le présent rattaché au passé s'insére dans une tradition où les malheurs suivis de résurrection enseignent à ne pas désespérer de l'avenir.

 

En ce coin de France où le capétien travaille dès l'origine à faire la patrie, on retrouve la trace, non seulement de ceux qui l'aidèrent dans sa grande oeuvre, mais encore du maître lui même :

 

Geoffroy de Nandy accompagne Philippe Auguste à la croisade, et date sont testament de Saint Jean d’Acre en 1191 ; au XIVe siècle, la reine Jeanne d’Evreux, veuve de Charles IV le Bel possède le fief de Nandy que sa fille Blanche, duchesse d’Orléans, lègue par testament à l’abbaye de Pont-aux-Dames.

Le fief dépendit de l’abbaye jusqu’à la Révolution.

 

C’est au XIVe siècle que la terre de Nandy échoit à la famille entre les mains de laquelle elle restera le plus longtemps : les Galluccio de l’Hospital. Ces immigrés italiens s’allient de bonne heure aux plus grandes maisons de France. Le sang de nos maréchaux semble les attirer, puisque Adrien épouse une Rouault de Gamaches et François une La Châtre. Ils jouissent de la confiance des rois qu’ils servent comme échansons à la Cour ou comme baillis en province. Leur domaine s’arrondit en Brie où ils possèdent outre Nandy, Vitry, Nogent et Coubert. De bonne heure un Château s’élève à Nandy que ravagent pendant les guerres de religion les bandes armées qui parcourent la région. Quand le pays recouvre enfin la paix, à l’avènement d’ Henri IV, le Château de l’Hospital semble n’avoir plus été que ruines.

 

Celui qui le relève, Louis est justement un des capitanes qui ont contribué le mieux à apaiser les troubles. Habile homme il sert bien ses intérêts en même temps que ceux de la France. Ligueur et même Gouverneur de Meaux pour la Ligue ; dès que Henri IV a abjuré le protestantisme, il se rallie à lui un des premiers et lui livre Meaux. La faveur du roi l’en récompense et il devient capitaine des gardes du corps. Sa grande situation lui permet de réédifier le Château de ses pères à peu près tel que nous le voyons aujourd’hui, mais il meurt jeune en 1611.

 

Sous les héritiers de Louis, sa veuve d’abord, Françoise de Brichanteau, puis son fils aîné Nicolas, le Château gagne en éclat. Nicolas ayant débarrassé Louis XIII de l’insolent Concini, devient Maréchal de France, il combat les protestants et les espagnols mais son humeur brutale le dessert. Gouverneur de Provence, il a une altercation avec l’Archevêque de Bordeaux, Sourdis, Chef des Conseils du Roi en l’armée navale, qu’il traite de « cagot », de « breviaire » et qu’il bâtonne. Richelieu le rappelle et l’envoie séjourner à la Bastille, mais le Roi lui pardonne, il est fait duc et a l’honneur de recevoir Louis XIII en son château de Nandy le 15 octobre 1642.

 

Le fils de Nicolas, François-Marie, délaissant Nandy, l’aliène finalement en 1664. Dès lors, le domaine passe entre les mains de plusieurs familles dont la plus illustre est celle des La Vieuville. En 1789, Lucien-Julien, marquis de Perthuis en est seigneur, Gentilhomme éclairé, il protège l’agriculture et refuse d’émigrer. Aussi le Château échappe-t-il au pillage et, sous l’empire, le marquis devient maire de la commune, ses descendants le revendent en 1850.

Aujourd'hui

Nandy est la propriété des petites filles de feu M. Gaston Cousin sur les plans de qui fût construit le pont Alexandre III.

 

           Le temps et les hommes ont respecté l'oeuvre de Louis de l'Hospital. Au fond de la cour d'honneur, la façade principale que les documents permettent de dater avec certitude des toutes premières années du XVIIe siècle et où la pierre se mêle à la brique, rappelle les constructions contemporaines de Fontainebleau. Les successeurs de Louis l'ont flanquée de bâtiments circulaires et surbaissés qui le relient à deux pavillons de même style. Une balustrade ornée de vases et de statues ferme cette cour d'honneur où l'on accède entre des pelouses par une longue allée précédée d'une grille imposante.

 

 

 

          La façade, elle aussi du début du XVIIe siècle regarde un parc qu'agrémente un bassin alimenté d'eau vive. Là où s'étendent aujourd'hui des pelouses entre des bosquets était aménagé un jardin à la française dont un plan datant du XVIIe siècle et conservé au château permet de restituer la grandeur et le noble dessin. La façade nord, remaniée à la fin du XVIIe n'est construite que de pierre. La tradition l'attribue à Mansard.         

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           L'intérieur du château n'offre pas à la vue du visiteur les somptueuses salles des gardes ou les galeries d'apparat où se complaisaient plus anciennement des féodaux quasi souverains. En Ile-de-France, et à partir du XVIIe siècle, les grands seigneurs, serviteurs du maître royal qui règne à dix lieues d'ici, se font plus modestes. Nandy est la maison des champs des hauts fonctionnaires qui viennent s'y délasser. Pourtant le grand salon du rez-de-chaussée avec ses cinq hautes fenêtres et ses sompteuses boiseries en chêne massif est digne des plus belles demeures de France, et , quand Louis XIII y vint visiter le Maréchal de Vitry, il ne dut pas s'y sentir moins à l'aise que dans les salles de Fontainebleau ou de Saint-Germain.

 

          Le fils de Louis XIII y trône depuis de longues années. Au-dessus de la cheminée, peint par Le Brun, Louis XIV, en costume de cour et parmi ses familiers, accueille un religieux qui lui présente la maquette d'un couvent. Mais l'humble frère ayant déjà sans doute terminé son compliment, le roi cesse de lui prêter attention si bien que tout entier vers le devant, il semble présider les réunions d'aujourd'hui qui se tiennent à ses pieds.

 

          Tout à fait en harmonie avec ce noble décor, le grand escalier s'orne d'une belle rampe Louis XV en fer forgé et d'une statue de guerrier expirant sculpté par Sigisbert Adam.

 

          Mais les amateurs d'art auront un faible pour les panneaux de stuc du XVIIIe siècle représentant des trophées de chasse qui proviennent du pavillon Bourret et ornent maintenant une anti-chambre du premier étage.

 

          Les guerres, la Révolution n'ont pu venir à bout de cet édifice; il surgit de l'oubli, vivant témoignage d'un passé de légendes et d'histoire